PRÉSENTATION
Parmi les villes italiennes du vin, Vérone a un charme tout particulier: un charme qui ne se limite pas au fait, déjà remarquable en soi, d’être “entourée comme Florence par de douces collines émaillées de cyprès et enguirlandées de vignes”. Non; cette singulière analogie, suggérée par un écrivain inspiré comme Paolo Monelli dans son “Ghiottone errante” - livre pionnier paru il y a presque 80 ans, réédité récemment et toujours frais et très actuel- ne suffit pas seule à expliquer son originalité. Pour essayer de trouver la vraie raison de ce charme et cueillir son sens le plus profond, il faut arpenter ces vignes et goûter ces vins.
Des vins très différents entre eux par leur caractère, apparemment lointains dans leur registre expressif, mais par contre profondément complémentaires et harmonieux dans l’ensemble. Un ensemble qui décline la notion de biodiversité, aujourd’hui tant abusée, selon un critère de philologique rigueur; un ensemble qui s’est progressivement structuré dans le temps plus comme un organisme que comme un simple agrégat.
Voici donc le Soave, “net, nerveux et légèrement aromatique” (c’est toujours Monelli qui parle, avec sa sensibilité d’interprétation supportée par une solide compétence technique), et à ses côtés les rouges de Arcole, d’une intensité bordelaise et balsamique; voici le Bardolino “gracieux léger salé lucide et compact”, et pas très loin l’Amarone, tout à l’opposé, gras et opulent dans son fruit, capable avec sa seule force généreuse de “fabriquer et souder les amitiés”!
Et voici encore sur un versant les bulles du Durello dei Monti Lessini, soutenues par une saline vitalité, et sur l’autre la densité juteuse des Recioto, “un nom qui à lui seul donne envie d’en boire”, mais pour bien d’autres ressources d’enveloppante fraîcheur. Ou encore la fibreuse fraîcheur des blancs de Custoza et de Lugana, qui fait la paire avec la sapide tonicité des rouges de Valpolicella; les nuances épicées des rouges du Garda, qui dialoguent à distance avec la silhouette élancée des blancs du Valdadige. Il n’y a rien à faire: si ailleurs on peut parler d’amour pour le vin, à Vérone il faut bien parler de culte. Un culte laïque, bien entendu, nourri d’ouverture aux différences plus que d’éclectisme, animé par l’omnivore curiosité de ces gens plus que par les notes des Guides du secteur. La sélection que l’on propose ici veut rendre compte de ces différences, mais au lieu de se limiter à dessiner une attentive récognition des divers terroirs du vin de Vérone elle essaye d’aller plus loin, en croisant cette versatilité productive originaire avec un autre élément essentile de distinction, lié à la diversité des styles. En effet, aujourd’hui plus que jamais l’identité d’un vin et l’originalité de son caractère ont besoin de se conjuguer au talent interprétatif d’un vigneron, à sa capacité de proposer une vison et de définir un style. L’éventail de styles et de registres expressifs est justement l’une des possibles façons de lire cette sélection du Verona Wine Top: un répertoire varié et stimulant, où les vibrations caractérielles des étiquettes les plus artisanales alternent avec la définition plus technique et rassurante des vins des grandes caves coopératives, selon un itinéraire de différences que tout le monde pourra apprécier, le néophyte comme l’amateur avisé.
La culture du vin n’est-elle pas justement la volonté de cultiver un goût de plus en plus vif et séduisant, grâce au jeu des analogies que sous-entend tout parcours de dégustation? La passion du vin n’amène-t-elle pas inévitablement vers une dimension plus intime avec la plénitude des saveurs et la beauté qui les alimente? Monelli, dans son texte qui a si bien vieilli, écrit aussi que “Vérone est la grande auberge des peuples”: appelé également à Vérone pour sélectionner et juger mets et vins, il dit se sentir à chaque gorgée “plus prêt à entendre la très belle ville, plus agressif pour la posséder”. Si le choses sont ainsi, si nous aussi pouvons confier au vin la tache de provoquer une semblable volonté d’empathie pour mieux cueillir la beauté des lieux et nous les approprier, sa valence culturelle ne fait plus aucun doute. Dans notre étagère idéale, à côte du disque d’un opéra écouté aux Arènes, d’un livre sur l’art véronais et du dvd avec la dernière version cinématographique de Roméo et Juliette de Shakespeare, ont donc plein droit de citoyenneté aussi quelques excellentes bouteilles de vin de Vérone. En particulier les lauréates du Wine Top.
Giampaolo Gravina
Giampaolo Gravina a 45 ans et habite à Rome.
Après la maîtrise en Philosophie et l’agrégation en Théorie des Arts, il travaille depuis longtemps comme maître de conférences à l’Université “la Sapienza” de Rome, pour la chaire d’Esthétique du prof. Edoardo Ferrario. En même temps, Gravina a developpé son intérêt pour les vins et la gastronomie: vers la fin des années ’90 il a ouvert et géré le restaurant Uno e Bino, dans le quartier de San Lorenzo à Rome, avant de conduire une petite émission à la radio consacrée au vin – “Puri Spiriti” – sur la troisième chaîne nationale de RadioRai. Gravina travaille actuellement depuis dix ans comme rédacteur en chef adjoint pour le Guide I Vini d’Italia publié par l’éditeur l’Espresso. Il écrit régulièrement sur le vin dans la revue Enogea et il est collaborateur des publications de l’Association Go Wine, comme du Guide aux Restaurants d’Italie pour les éditions du Gambero Rosso.